Épreintes de loutres et martins-pêcheurs : trois jours de canoë sur la Dordogne

Oups, cela fait déjà un an que je n’ai pas écrit ici ! Il faut dire que nous n’avons pas eu la chance de partir en rando itinérante l’an dernier, la faute à une année de déménagement. Mais nous avons quand même pu nous évader quelques jours, le temps d’une descente en canoë sur la Dordogne. Un chouette périple dépaysant de trois jours, entre Corrèze et Lot.


Pendant notre aventure du GR6 en 2017, nous avions longé la Dordogne pendant plusieurs jours, ce qui nous avait donné envie de tenter l’expérience d’une descente en canoë.

Étant pratiquement novices et ne sachant pas vraiment à quel point le canoë serait physiquement engageant, nous avons opté pour une balade de trois jours et 60 km, en août 2018, entre Argentat-sur-Dordogne (Corrèze) et Saint-Sozy (Lot).


Jour 1 : d’Argentat à Baulieu, 18 km 

Après une première nuit en camping à Vayrac, nous rejoignons le loueur de canoës qui nous conduit en minibus à Argentat, notre point de départ. Il est temps de se jeter à l’eau !

Notre canoé est un modèle canadien « old school ». Il est suffisamment grand pour y charger notre bidon étanche et les deux sacs à dos dans lesquels nous transportons tout notre matériel de camping. En revanche, comme il est lourd, immense et assez large, il ne nous semble pas très maniable.

Les premières minutes sur l’eau sont très laborieuses : armé d’une pagaie simple chacun, nous n’arrêtons pas de tourner en rond ! Il nous faudra un peu de temps avant de trouver notre rythme de croisière…

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Nous lorgnons avec envie sur les petits canoës et les doubles pagaies d’une famille qui fait le même trajet que nous…

Leur départ à l’air bien plus facile ! Mais il faut dire qu’ils ont pris l’option de se faire livrer leurs affaires au camping tout les soirs, alors que nous trimbalons tout sur notre « paquebot ».

J’avais bêtement imaginé que nous avancerions sans trop d’efforts, en suivant le cours de la rivière. Et que nous pourrions tranquillement nous laisser porter, au gré des flots

Douce illusion ! Car il faut vraiment pagayer sec pour avancer correctement. Mes bras sont beaucoup plus sollicités que ce que j’avais anticipé. Et comme nous avons 18 km à parcourir jusqu’à notre camping de ce soir, pas question de lambiner. Mais un peu d’effort rend l’aventure beaucoup plus amusante !

Nous profitons de ce point de vue inhabituel pour observer les rives, préservées et sauvages. Le cours de la Dordogne est assez doux, malgré quelques méandres et embranchements.

Une petite carte imperméable donnée par le loueur nous permet de savoir sur quel bras de la rivière partir lorsqu’elle divise momentanément. Il y a aussi une application sur laquelle nous pouvons nous géolocaliser en cas de doute… Mais évidemment, sortir son smartphone au-dessus de l’eau comporte certains risques.

La plupart du temps, aucune embarcation en vue…

Comme nous en sommes en août, il n’y a pas beaucoup d’eau : il faut parfois sortir du canoë et le tirer à la main sur quelques mètres. Sinon, notre navire râpe les galets et nous laisse ensuite ridiculement échoués en pleine rivière ! Ce qui, il faut le dire, nous arrive plusieurs fois…

Un éclair bleuté au-dessus des berges

Avant de partir, je me suis renseignée sur la faune que nous pourrions éventuellement apercevoir, et j’ai lu que des martins-pêcheurs étaient nombreux dans le coin. Un oiseau que je rêve de voir depuis très longtemps !

Rapidement, mon attente est récompensée : un éclair bleuté file au-dessus des berges. ALERTE MARTIN-PÊCHEUR !  C’est vrai qu’ils sont nombreux dans le coin, nous en verrons plusieurs dizaines pendant toute la descente. Par contre, ils sont vraiment farouches et difficiles à photographier.

En milieu d’après-midi, nous arrivons au camping. Mes bras et mon dos sont déjà très douloureux. Tartinage en règle de baume du tigre, en espérant que ça ne tire pas trop demain matin…


Jour 2 : de Baulieu à Vayrac 

La Dordogne n’est ouverte à la navigation qu’à partir de 9 heures et jusqu’à 18 heures. En dehors de ces plages horaires, les rives sont réservées aux pêcheurs, nombreux dans le département.

C’est un peu dommage, car nous aurions aimé naviguer au lever du jour, pour profiter du réveil de la nature… Et avancer avant que le soleil ne cogne trop !

Quoiqu’il en soit, nous partons beaucoup plus confiants que la veille, et avançons rapidement. Des petits rapides nous attendent, nous en avons déjà rencontré quelques-uns la veille. Pour ne pas finir sur la berge, il suffit de pagayer très fort pour contrer le courant.

Mais c’était sans compter la grosse branche d’arbre qui dépasse au-dessus de la rivière et nous barre la route : nous nous penchons tous les deux pour l’éviter, et pouf, notre canoë se retourne !

À la poursuite du canoë

Vite, je me relève et tente de l’attraper avant qu’il ne file trop loin, mais sans succès. Alors qu’une de mes lentilles de contact est en train de se faire la malle, Thibault me balance ses lunettes de soleil et se lance à la poursuite de notre embarcation. Hourra, le canoë est rattrapé !

La situation est un peu chaotique, mais nous parvenons finalement à regagner la berge sans n’avoir rien perdu, ni lentilles, ni lunettes. Nos sacs à dos sont trempés, mais ce n’est pas grave : tout ce qui craint l’eau est rangé dans le bidon étanche… en théorie.

Sauf qu’à midi, au moment de pique-niquer dans le très beau village classé de Carennac, on s’aperçoit que le contenu du bidon est aussi trempé que le reste. Mince, nos duvets en plume !

Il faut tout faire sécher au plus vite : nous étalons notre matériel sur la pelouse qui borde la rive, et occupons ainsi une dizaine de mètres. Un joyeux bordel…

Comment faire sécher toutes nos affaires avec discrétion.

En repartant, nous devons emprunter un « toboggan à canoë », c’est-à-dire une descente bétonnée qui nous permet d’éviter un barrage. Très amusant !

Il ne nous reste plus que quelques kilomètres pour rejoindre Vayrac, où nous passerons la nuit, dans le même camping que la veille du départ.


Jour 3 : de Vayrac à Saint-Sozy 

Dernier jour de descente, la rivière est beaucoup plus fréquentée ce matin, nous n’arrêtons pas de croiser des groupes.

Comme je veux doubler tout le monde je suis compétitive et surtout que je préfère m’éloigner des autres canoéistes (oui, ce mot existe) pour profiter de la rivière en paix, je pagaie de toutes mes forces.

Conséquence : c’est le retour des ronds dans l’eau, parce que Thibault n’arrive pas à compenser ou, que, tout simplement, il en marre de mon irrégularité dans l’effort, et lâche sa pagaie, en attendant tranquillement que je m’en rende compte… Mais rassurez-vous chers lecteurs, pas de crise de ménage dans notre embarcation, où l’hilarité est plutôt l’humeur qui prédomine !

En quête des épreintes de loutre

Assez monotone, le paysage change un peu lorsque nous longeons de grandes falaises. Un peu plus loin, la rivière est coupée par un banc de pierre, à gauche duquel se trouve un bras mort.

Un bras mort propice à une famille de loutres, n’est-ce-pas ?

Nous en profitons pour faire une petite halte, à la recherche d’éventuelles traces de loutres. Car oui, j’ai aussi lu dans Sud-Ouest avant de partir que les Lutrinae étaient en pleine reconquête de la rivière, ce qui, évidemment, à suscité l’intérêt des naturalistes amateurs que nous sommes !

Donc, d’après le spécialiste des loutres interrogé par Sud-Ouest, les crottes de loutres, appelées épreintes, dégagent une caractéristique odeur de miel. Étrange, n’est-ce pas ?

Après que Thibault a probablement reniflé une déjection de ragondin (berk), nous en trouvons d’autres, qui ressemblent davantage à ce que nous cherchons… Bingo, ça sent le miel, des loutres sont passées par ici ! (oui, ça me met en joie, et j’assume complètement ! Je n’aurais peut-être jamais la chance d’observer cet animal à l’état sauvage… )

Une épreinte de loutre, si toutefois notre analyse olfactive est juste…

Comme j’ai tout donné pour avancer rapidement dans la matinée, nous terminons assez vite les 18 kilomètres de la journée, et cette descente de la Dordogne, avant de reprendre la route vers Bordeaux.

Bien cramés, les bras et le dos qui tirent, mais heureux !


Quelques infos pratiques

L’organisme que nous avons choisi pour la location de notre embarcation et les transports à nos points d’arrivée et de départ propose aux amateurs de faire jusqu’à sept jours de descente. À posteriori, pour une première expérience en canoë, trois jours me semblent suffisants.

Quel équipement prévoir ? Tout pour le bivouac, rien qui ne craigne l’eau, et de quoi se protéger du soleil.

Pour manger, nous avions des provisions, mais il est possible de se ravitailler dans les campings et les villages que l’on croise sur la route.

Dernier point : nous avons passé les nuits en camping, mais c’est tout à fait possible de bivouaquer sur les rives de la Dordogne. Si nous l’avions su, nous l’aurions fait, alors je le recommande, pour une aventure plus sauvage !

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